Des débuts en équipe de France à la Coupe du monde 2007 en passant par la victoire face à l'Afrique du Sud, Vincent CLERC se livre à travers dix photos.
LES PREMIERES SELECTIONS
Quels souvenirs gardez-vous de vos premières sélections ?
Vincent CLERC : Je me souviens que c'était un mois de novembre. Six mois avant, j'avais eu la chance de visiter le CNR avec les moins de 21 ans alors que c'était encore un chantier. Et quelques mois plus tard, je me retrouve avec la première équipe de France en préparation au CNR. C'était vraiment extraordinaire d'autant plus que je venais d'arriver à Toulouse. Je découvrais vraiment le rugby de haut niveau. Je me suis retrouvé embarqué dans cette aventure ... (réflexion) ... Tu ne peux pas rêver meilleur début de carrière, faut se rendre compte : première sélection et je bats l'Afrique du Sud à Marseille. Ensuite, on fait match nul contre les Blacks et je me retrouve face à Jonah Lomu. C'était génial, je ne calculais rien, j'étais vraiment innocent dans le bon sens du terme.
D'autant que cette saison est vraiment celle de la révélation pour vous ...
Vincent CLERC : Je venais de Grenoble et de la 2ème division. Le Stade toulousain m'a donné ma chance. J'ai su la saisir et tout est allé très vite. Je suis passé en quelques mois de la Pro D2 au Top 16 et à l'équipe de France. J'aurais pu me griller mais j'ai vraiment été bien entouré. C'était grisant mais je n'avais pas de recul sur ce que je vivais.
On a le souvenir de vos débuts avec un casque, pourquoi cette protection ?
Vincent CLERC : Je me suis blessé en Reichel à l'oreille. J'avais dû mettre un casque pendant quatre ou cinq mois pour permettre une bonne cicatrisation. Ensuite, je suis passé des Reichel à la Pro D2 et j'ai gardé le casque plus comme une protection qu'autre chose.
LES ESSAIS
Meilleur marqueur d'essais en HCup, meilleur marqueur d'essais en activité en équipe de France, les records vous motivent-ils ?
Vincent CLERC : Je ne cours pas après même si j'aime ça ! Les ailiers ont un rôle de finisseur et c'est vrai que nous sommes souvent mis en lumière alors que nous ne sommes là que pour récompenser le travail d'équipe. Il ne faut pas trop se focaliser sur des statistiques parce que dans notre sport, cela ne veut pas dire grand-chose. Bien entendu, c'est moi qui marque les 21 essais mais je ne m'approprie pas ce chiffre parce que je sais tout le travail effectué par des hommes de l'ombre pour permettre de marquer. Au rugby, nous sommes dépendants les uns des autres. Maintenant, ce sont des clins d'½il sympas. J'aime marquer des essais mais ce n'est pas vraiment un objectif prioritaire dans un match ou dans une saison.
Les 38 essais de Serge Blanco ne sont donc pas un objectif ?
Vincent CLERC : Non, en plus, ça me parait vraiment très loin pour aller les chercher...
... et les 25 d'Emile Ntmack ?
Vincent CLERC : Ah oui, alors ça je veux bien mais plus pour taquiner Milou et pour le charier. Non sérieusement, je ne savais pas que j'avais marqué 21 essais, on me l'a appris après l'Afrique du Sud, pourvu que ça dure !
Un ailier doit-il ou peut-il être individualiste ?
Vincent CLERC : Je pense qu'il faut savoir faire les deux. Aujourd'hui, l'ailier doit savoir faire beaucoup de choses. Ce n'est plus seulement un finisseur. Il doit être passeur, leurre, nettoyeur. La palette est beaucoup plus complète. Alors oui, il faut être individualiste pour terminer les actions mais il faut être altruiste pour apporter un surnombre, un plus à l'équipe en touchant ou pas le ballon. Maintenant, il faut être plus complet que les ailiers à l'époque. Nous ne pouvons plus rentrer dans la démarche du « je donne la balle à l'ailier et puis il se débrouille ». Toutes les actions individuelles ratées sont sanctionnées par une perte de balle immédiate.
Si les records ne sont un objectif, est-ce qu'un palmarès compte ?
Vincent CLERC : Bien entendu ça compte. C'est toujours glorifiant d'avoir des titres surtout quand on fait le compte en fin de carrière. Quand on gagne, ça a toujours une saveur particulière et on s'en souvient d'autant plus. J'ai la gagne en moi et j'ai envie de gagner toutes les compétitions auxquelles je participe.
Peut-on faire une hiérarchie dans les titres ?
Vincent CLERC : Non, tout est tellement différent entre les premières fois ... Un titre reste un titre avec des saveurs particulières parce qu'ils arrivent à des moments différents de la vie. Toutes les victoires restent des grands moments.
2004 – PREMIER GRAND CHELEM
Ca fait quoi de gagner un Grand Chelem ?
Vincent CLERC : C'était assez extraordinaire même si j'avais regretté de ne pas faire le dernier match contre l'Angleterre alors que j'avais joué tous les matches du Tournoi. C'était un moment fort parce que j'avais loupé la Coupe du monde 2003. Je revenais en équipe de France avec l'envie de m'y installer sur le long terme.
L'avez-vous pris comme une revanche ?
Vincent CLERC : Non mais comme le prolongement d'une remise en question après une désillusion.
Est-ce l'une des meilleures formations dans laquelle vous avez évolué ?
Vincent CLERC : C'était il y a longtemps et j'ai un peu de mal à me souvenir de la façon dont nous jouions. Il y avait déjà William Servat, avec des cheveux à l'époque (rires) ... Je ferai le bilan à la fin de ma carrière pour savoir quelle était la meilleure équipe.
2006 – VICTOIRE EN AFRIQUE DU SUD
Une fois de plus, vous marquez les esprits en inscrivant deux essais ...
Vincent CLERC : C'était un moment important parce que je n'étais pas installé en équipe de France et je devais montrer que j'avais le potentiel. Cela faisait partie de mes objectifs personnels surtout dans la perspective de la Coupe du monde 2007. A chaque match, je devais marquer des points pour pouvoir mettre le doute dans la tête des sélectionneurs. Face à Habana, c'est un défi encore plus important. Je me souviens bien de ce match, c'est vraiment un bon souvenir. Damien et Cédric marquent des essais, j'en mets deux. Tout nous réussissait.
Bizarrement, c'est une équipe qui réussit bien à la France ?
Vincent CLERC : C'est bizarre mais dès qu'on arrive à relever le défi physique, on peut les contrer. Une fois que nous sommes devant physiquement, nous avons plus d'arguments à proposer dans le jeu et cela nous a souvent réussis comme lors du premier match de la tournée 2009.
Comment viviez-vous le fait de réussir de bonnes performances en club ou en équipe de France et le fait de ne pas être titulaire à part entière ?
Vincent CLERC : Ce n'était pas évident mais je continue à fonctionner dans cet état d'esprit. Rien n'est jamais acquis, il faut beaucoup bosser et toujours se remettre en question. J'étais déçu quand je n'étais pas sélectionné mais ça m'a forcé à aller chercher toujours plus loin. Il y a eu du positif dans ces désillusions mais tous les ailiers ont dû faire face à une grosse concurrence. Nous avons toujours été nombreux à pouvoir postuler en équipe de France. Quand je n'y étais pas ,je ne considérais pas que les autres avaient volé ma place mais qu'il me manquait quelques chose au niveau international.
Avez-vous le sentiment aujourd'hui d'être un des joueurs importants de l'équipe de France ?
Vincent CLERC : je suis plus complet dans mon jeu, je n'ai plus de réelles faiblesses comme j'ai pu en avoir à mes débuts. J'ai une position différente parce que je commence à avoir pas mal de sélections, j'ai fait mes preuves aussi bien en club qu'en équipe de France. Après, je suis reparti à zéro l'année dernière, je suis revenu avec l'expérience en plus et j'ai le sentiment d'être comme à mes débuts. Je vis mes premières sélections.
Quand vous dîtes repartir à zéro, est-ce suite à votre blessure ?
Vincent CLERC : Pratiquement ! Pas dans la tête des sélectionneurs ou dans celles de mes entraîneurs de club mais dans ma tête, je repartais de zéro. Franchement, je n'avais plus de sensation, plus de physique. Quand tu te blesses aussi longtemps, la reconstruction est vraiment compliquée. C'est pour cela que je suis reparti de zéro. J'ai tout mis à plat et je me suis fixé un nouveau défi. Je savoure vraiment les sélections en ce moment parce que je sais d'où je reviens. Je suis allé les chercher à force de travail et de sueur.
2007 – L'ESSAI DE CROKE PARK
Des essais construisent des légendes, celui-ci en fait-il partie ?
Vincent CLERC : C'est l'essai le plus marquant ! C'est ma chance pour aller à la Coupe du monde 2007. Je ne joue pas le match contre l'Italie et c'est le dernier tournoi avant la Coupe du monde. C'est plus le match dans son intégralité parce que je fais un match complet. Après, c'est vrai que l'essai a marqué les esprits. C'était la première fois que je marquais à la dernière minute dans une ambiance très particulière. Nous avions pas mal d'objectifs collectifs et individuels et à la sortie, c'est un très grand souvenir !
Que se passe-t-il dans votre tête au moment où vous aplatissez ?
Vincent CLERC : J'explose de joie ... Je ne sais pas mais je l'avais sentie avant dans le match. Je m'étais dit que si je marquais, je serrerais fort le coq de mon maillot. J'accorde énormément d'importance à l'équipe de France. Je suis vraiment privilégié de pouvoir porter ce maillot, défendre les couleurs de mon pays. C'est une des premières fois que je pleurais à un hymne. Ce match était vraiment important pour moi parce que de cette performance, pas mal de choses ont découlé.
Ce match était-il une marche importante dans votre carrière ?
Vincent CLERC : J'ai pris plus confiance en moi avec l'envie de plus m'affirmer dans cette équipe. C'était vraiment une étape importante !
2007 – COUPE DU MONDE
Quelle a été votre réaction à l'annonce du groupe des 30 ?
Vincent CLERC : Un soulagement ! Je me suis dit que tous les efforts faits depuis 2003 avaient payé. Je faisais partie enfin de ce groupe. C'est comme si on m'avait enlevé un poids.
Les matches de préparation étaient plutôt convaincants jusqu'à l'Argentine ...
Vincent CLERC : Nous avons été submergés de pression et nous avons eu du mal à la gérer. Nous nous sommes mis une pression négative. Maintenant, c'est peut être un mal pour un bien parce que je ne sais pas si nous aurions fait ce parcours en cas de succès contre l'Argentine. Nous n'avions plus rien à perdre.
Est-ce que cela peut servir dans une carrière ?
Vincent CLERC : C'est cela qu'on appelle l'expérience. Il faut arriver à gérer ce genre de manifestation pour ne prendre que le positif. Il faut savourer parce que ce sont des moments exceptionnels dans une carrière. C'était vraiment fabuleux surtout en France. Je n'étais pas sur le terrain mais on sentait cette pression qui devenait de la fébrilité alors que cela aurait pu nous galvaniser.
Malgré cela vous terminez bien les phases de poule ?
Vincent CLERC : Oui, c'est clair, on enchaîne la Namibie, l'Irlande et la Géorgie. Nous étions vraiment lancés après l'Argentine. C'est dommage d'être passé à travers parce que cela nous a amènés à jouer un quart de finale contre la Nouvelle Zélande et en plus à l'extérieur.
2007 – QUART DE FINALE NOUVELLE ZELANDE
N'y-a-t-il que la France capable de réaliser ce genre d'exploit ?
Vincent CLERC : Je ne sais pas mais c'est vrai que nous avons cette capacité à nous subjuguer contre des nations qui paraissent imbattables. Nous avons fait le match parfait en nous sortant les tripes. C'et vrai que nous avons laissé pas mal de jus dans ce match mais personne ne croyait en nous parce que c'était les Blacks, parce que c'était Cardiff. C'est vraiment dans ces moments là que nous sommes imprévisibles.
Est-ce qu'il s'est passé la même chose face à l'Afrique du Sud la semaine dernière ?
Vincent CLERC : D'une certaine manière oui ! C'est vrai que ça n'a pas la même importance mais on nous a dit pendant toute la semaine que nous allions nous faire détruire physiquement. Petit à petit, nous arrivons à avoir cette démarche de nous dire que battre les nations de l'hémisphère sud n'est plus un exploit. Nous sommes dans une phase où nous voulons confirmer nos victoires.
Avez-vous battu la meilleure équipe de la Coupe du monde ce jour là ?
Vincent CLERC : Oui clairement ! C'était la meilleure équipe du Tournoi. Ils étaient vraiment au dessus du lot pendant cette compétition. Ca aurait fait une belle finale face à l'Afrique du Sud. Ils étaient très performants puisqu'ils ont dominé le rugby mondial pendant près de deux ans. Maintenant, la magie du sport, c'est que tout peut basculer sur un match.
2007 – DEMI FINALE ANGLETERRE
Quel souvenir gardez-vous ?
Vincent CLERC : Je ne l'ai jamais revu ! Je me souviens surtout de la cuillère que je me prends. Nous démarrons le match sans avoir de réussite sur le rebond. Ca nous oblige à courir après le score mais nous revenons bien au score. Après, on se tétanise sur le drop de Wilkinson, c'était le remake de la demi finale 2003. Nous n'avons jamais pu reprendre l'ascendant et nous calmer. Malgré tout cela, nous avons eu des occasions d'essais. Ca reste comme une immense déception ... C'est frustrant parce que l'on aurait pu aller en finale et jouer notre chance face à l'Afrique du Sud.
Quel bilan personnel tirez-vous de cette Coupe du monde ?
Vincent CLERC : Sur le plan sportif, on termine quatrième, c'est décevant surtout à la maison. La compétition est particulière, on perd le match d'ouverture, on se ressaisit, on bat la Nouvelle Zélande pour s'échouer sur l'Angleterre. Après sur le plan humain, c'est une aventure exceptionnelle, c'est quatre mois de vie en communauté avec des moments très durs mais aussi géniaux. Ca marque une carrière et ce sont surtout des instants que j'ai envie de revivre.
2009 – DUNEDIN VICTOIRE EN NOUVELLE ZELANDE
Est-ce un exploit d'aller gagner en Nouvelle Zélande ?
Vincent CLERC : Cela faisait des années que la France ne gagne pas la série de test en Nouvelle Zélande. Après un Tournoi mitigé où nous avons été critiqués, c'était important de faire une bonne tournée pour reprendre une dynamique positive. C'est un succès qui a fait du bien à tout le monde.
Est-ce la naissance d'un groupe ?
Vincent CLERC : C'est un groupe qui a du caractère et qui n'a pas peur de ce genre de rencontre.
Comment vivez-vous l'arrivée de tous ces jeunes dans le groupe ?
Vincent CLERC : Je me revois quand je suis arrivé dans le groupe. Il y a des histoires marrantes notamment avec Alexandre Lapandry qui est du même village que ma grand-mère. Je l'ai croisé très jeune. Je ne me considère pas comme un ancien et si je peux les aider, je le fais sans problème. Le professionnalisme a changé pas mal de choses, ils sont beaucoup plus matures. Ils ont connu toutes les sélections avec les jeunes, ils connaissent le CNR comme leur poche. Ils arrivent dans ce groupe comme n'importe quel joueur de l'équipe de France.
Comment s'est passé votre arrivée ?
Vincent CLERC : J'ai eu de la chance parce que j'ai été très vite intégré. Il faut qu'ils se sentent très vite dans le groupe et c'est à nous de le faire naturellement sans tenir compte du palmarès ou de l'âge. Dans ce groupe, tout le monde est égalité, il n'y a pas de différence entre Damien Traille ou Benjamin Fall.
RUGBY A 7
Quelle expérience gardez-vous de cette aventure ?
Vincent CLERC : C'était génial, j'ai eu la chance de pouvoir participer à la seule victoire tricolore en circuit mondial. J'aurais vraiment aimé en faire plus. Il n'y a pas de pression, on touche beaucoup de ballons. En plus avec les Jeux Olympiques à venir, c'est vraiment une bonne nouvelle pour le développement de cette pratique.
Pourriez-vous y participer ?
Vincent CLERC : Je ne sais pas en 2016, j'aurai 35 ans et je ne pense pas avoir encore les cannes pour pouvoir participer. Franchement, c'est un sport génial, très spectaculaire et qui permet de niveler entre les petites nations et les pays traditionnels du rugby à 15. Il n'y a que du positif dans ce sport.
Aujourd'hui, est-ce possible de doubler 15 et 7 ?
Vincent CLERC : Non, ce n'est pas possible. A 15, nous avons le Top 14, la Coupe d'Europe et l'équipe de France. C'est impossible quand on voit le calendrier ! Il faut créer une vraie équipe professionnelle de rugby à 7 comme le font les autres nations. C'est un sport différent du 15 avec une préparation et une récupération particulière.

